En plein coeur de Valparaiso, dans sa zone la plus ancienne, se trouve un endroit nommé aujourd'hui
Parque cultural ex-carcel, soit une ancienne prison reconvertie en lieu culturel.
Sur ce site, originellement s'installèrent, il y a bien longtemps, les militaires, car c'était un surplomb idéal pour surveiller et se défendre, et on y trouve un des plus vieux bâtiments de
Valparaiso, le polvorin, soit la poudrière, sorte de voute de briques...
Ensuite, je suppose que la forteresse, ou plutôt, son mur d'enceinte et son caractère militaire en auront convaincu plus d'un d'en faire une prison.
Prison à la triste mémoire, car l'expansion de la ville va non plus la laisser isolée de la ville, mais va l'installer en plein coeur, permettant aux femmes de prisonniers de venir crier avec
leur époux, permettant à la population d'entendre les souffrances, les cris, les pleurs et les brimades, les révoltes et les joies (parfois) de leurs enfants enfermés.
Il faudra attendre 2000, la construction d'un nouvel établissement conforme avec l'idéologie du XXe siècle que l'on se fait des prisons pour enfin fermer définitivement cette prison ancesttrale,
insalubre, inhumaine, que Pinochet lui-même ne renia pas.
En 2001, un projet innovant et intelligent transforma l'endroit en lieu culturel ouvert à tous et plus particulièrement aux gens des quartiers alentours. Mais beaucoup de ces mêmes alentours
n'ont pas vu d'un bon oeil venir boire et fumer un nombre toujours grandissant de jeunes "artistes" du cirque, de la rue ou d'autres, s'énervant des tam-tam récurrents, des fêtes nocturnes, du
bruits, et ont petit à petit dénoncé l'existence du plus beau projet culturel de la ville.
L'Etat décentralisé a bien tenté à plusieurs reprises de fourguer le site à des promotteurs, mais les projets comme souvent à Valparaiso, ont fait naufrage, jusqu'au dernier récent et
retentissant.
L'an dernier il était annoncé que Niemeyer, le fameux, allait construite un truc génial à cet endroit. Aussitôt, mobilisation des acteurs en charge du lieu pour manisfester leur étonnement et
leurs craintes.
En fait, Niemeyer avait offert à la ville de Valparaiso, le dessin, l'ébauche du truc... Et quand son cabinet d'architectes envoya le prix de la réalisation, on s'étrangla, alors le Brésil, pour
cadeau de bicentenaire au Chili accepta de payer la note du maestro... mais il est dit que les plus beaux projets naufragent à Valparaiso et le projet est mort-né... Mais pour ne pas perdre la
face devant ce nouvel échec et cette nouvelle désillusion, l'Etat cherche à utiliser la dynamique lancée avec Niemeyer pour lancer un concours de projets...
J'ai choisi de vous parler de cet endroit
parce qu'il y a peu de temps est mort John McCaughan.
Il avait réalisé et interprété ce qui pour moi est la meilleur série télévisée que je connaisse : "Le Prisonnier",
et son fameux "je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre".
Histoire d'un espion repenti qui se retrouve parachuté dans un village mystérieux rempli, en
apparence, d'anciens espions... à moins que ce ne soit une prison dorée où la torture est avant tout psychologique.
C'était au début des années 80... Un bijou.
Et le hasard (qui n'existe toujours pas) fait qu'en ce moment je regarde (et découvre enfin) une
autre série tout aussi percutante : "OZ".
OZ est vraiment une télésérie du XXIe siècle. Elle montre la vie de toutes les personnes à l'intérieur d'une prison des USA, et elle montre tout : l'enfermement, les tensions, les
discriminations, brimades, violences, humiliations, viols, perversions... parmi les prisonniers comme parmi les employés, du maton au directeur en passant par le pasteur ou les visiteurs.
Je ne la recommanderais qu'aux gens aux tripes bien accrochées.
Evidemment, ce thème de la prison n'est pas non plus ici
comme un cheveux sur la soupe.
Entre un Obama qui pourrait profiter de son aura pour changer la politique carcérale américaine, atrocement injuste et inutile et un Sarkozy qui n'arrête pas de remplir les prisons depuis qu'il
est ministre de l'Intérieur,
il y en aurait des choses à dire et à dénoncer.
Et chaque fois, je recommande deux choses sur le thème :
- lire " Surveiller et punir" de Foucault
- faire connaitre l'association "le courrier de Bovet" qui cherche des correspondant anonymes pour entreprendre des correspondance épistolaires avec des prionniers souffrant de solitude.
Et pour finir en musique, pour nous donner du beaume au coeur,
quoi de mieux que l'excellent Bashung et sa chanson "mes prisons" :
Mes prisons
Sont des modèles
De sublimes inquiétudes
À mes moments perdus
J’me fais du souci pour le prince
J’me fais du souci pour le maton
J’me fais du souci pour le prince
J’me fais du souci pour le maton
Mes prisons
Sont des femelles
À tromper ma vigilance
Des fois c’est tendre
Des fois y a mutinerie
Rendez-vous sur la lande
À l'endroit où l’on s’est épris
Les gens sont des légendes
Mais leurs âmes prennent le maquis
Dans les herbes folles
Tu peux courir
C’est pas un jeu
Mes prisons
S’évanouissent
Lorsque ta peau m’appelle
À mes moments perdus
J’me fais du souci pour le prince
J’me fais du souci pour le maton
J’me fais du souci pour le prince
Mes prisons
Sont des ruelles
Des cris des rituels
Des fois je prie
Des fois j’me réfugie
Rendez-vous sur la lande
Et qu’enfin cesse l’hallali
Qu’on me presse une orange
De ma peine je ferai mon lit
Dans les herbes folles
Tu peux courir
Pour des aveux
Non-lieu
Non-lieu ...