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Invitation au voyage

Vers un printemps chilien ? (2)

31 Août 2011 , Rédigé par Bertrand Publié dans #La crise rend aveugle

J’ai peut-être laissé sur leur faim quelques lecteurs de ce blog en ayant initié une série « Vers un printemps chilien (1) ?" sans me précipiter pour faire un numero 2, alors qu’il s’est passé tant de choses de ce côté-ci du monde en une seule semaine.

Il est vrai que de nombreux événements majeurs ont ponctué ces derniers jours de manifestations, mouvements contestataires, grève nationale, etc.

Beaucoup de choses, ou trop de choses, c’est pour moi l’overdose.

Francisco Olivares - sin titulo (10)

                                                     "El sillon", Peinture de Francisco Olivares

D’abord, comme le comprend très bien le Financial Times, c’est avant tout à une crise de légitimité de sa classe politique qu’est confronté le Chili tout entier. Cette classe d’élite, de riches propriétaires ou entrepreneurs qui ont avec eux les lois et l’argent pour continuer de s’enrichir grâce à une constitution made in Pinochet favorisant cette main-mise, sur le dos des Chiliens exploités et obligés de s’endetter pour survivre.

A l’image d’un pays pourri, l’éducation l’est tout autant.

Et le raz-le-bol est arrivé par où on ne l’attendait pas.

Car à force de répéter victorieux que le Chili se développe à un rythme qui faisait des jaloux partout sur la planète, à force de mettre en avant des statistiques économiques politiques et sociales aussi belles (qui ont permis au Chili d’entrer sans honte dans le club de l’OCDE), à force de vanter le PIB du pays, les Chiliens ont fini par comprendre qu’ils ne recevaient quasiment rien de tout cela, restant désespérément pauvres, exploités et devant s’endetter chaque foi davantage, l’Etat continuant depuis l’ère dictatoriale (d’il y a trente ans) à se désengager chaque fois davantage de tout et hélas de l’essentiel : l’éducation, la santé, la prévision, l’énergie, mais aussi les transports, la banque, les retraites, etc.

L’état n’a presque plus aucun pouvoir sur le stratégique, à moyens et longs termes.

Et comme les mouvements de constestations durent depuis plus de trois mois, ils commencent à générer une certaine radicalisation des attitudes, des comportements, des idées et des paroles des uns et des autres.

Francisco Olivares - sin titulo (2)

                                          Peinture de Francisco Olivares

Le pays n’ayant pas encore fait son mea culpa, son autocritique ni son autoanalyse sur la période trop récente de la dictature, il en est donc encore réduit à devoir entendre parfois de véritables discours fascistes de la part de certains hommes politiques encore en place, sous couvert de raisonnements archaïques à l'idéologie douteuse.

Mais le plus triste vient peut-être du côté d’une partie de la gauche, qui fut au pouvoir pendant 20 ans, et qui n’a fait finalement que consolider ce système ultralibéral et injuste mis en place par le vieux dictateur et qui a bien du mal aujourd’hui à se justifier sans entrer de plain pied dans une hypocrisie meurtrière.

Et ce qui devait arriver arriva.

Francisco Olivares - sin titulo (1)

                                   "Afrodita". Peinture de Francisco Olivares

Un mort, un jeune de 16 ans qui a recu une balle perdue provenant d’une arme d’un carabiniero de Chile, une nuit de turbulences dans la lointaine banlieue de la capitale.

Ils auront peut-être leur Malik Oussekine.

Pour l’instant ils ont des grévistes de la faim, des univesités occupées, des collèges occupés, des jeunes qui n’ont rien à perdre, et une classe politique complètement perdue, ne sachant pas quel discours tenir, quel attitude prendre, quelles idées développer, sinon envoyer la police anti émeute, les canons à eau et les gazs lacrymogènes.

L’actuel président Sebastian Piñera, richissime entrepreneur à la Berlusconi, qui a voulu dans un premier temps gérer le pays comme on gère une entreprise, est en train de découvrir, hélas un peu tard, les difficiles et complexes subtilités de la gouvernance politique dans un pays qui est à des années lumières de la « république démocratique » dont il se revendique.

desconfianza

                                                      "Desconfianza" Dibujo de Beto Martínez

La classe politique est illégitime parce que la loi électorale ne reflète pas la doctrine démocratique ou républicaine de représentation du peuple souverain.

Le régime économique et social est injuste et l’état n’a absolument rien de providentiel, encore moins que les Etats-Unis. Education, santé, retraite, transport, tout le monde doit payer et sans même la garanti d’une certaine qualité.

Le pays a un long chemin à faire pour en terminer abvec la dictature de Pinochet, nombreux hommes politiques ont collaboré avec le régime dictatorial, nombreux entrepreneurs se sont enrichis grâce au régime autoritaire et ce sont les mêmes qui continuent de diriger le pays aujourd’hui.

La constitution est ainsi faite que le pays est bloqué car il est prévu de changer la constitution si 75 % des élus sont d’accord quand la loi électorale favorise un bipartisme équilibré.

Un salaire minimum qui ne permet pas de vivre, des taux de crédit entre 35% et 55 %, des pris des soins et de l’éducation qui obligent une grande majorité à s’endetter à des taux usuriers, un taux de chomage officiel bien supérieur à ce que l’on devrait attendre d’un pays aux statistiques aussi flamboyantes...

Et malgré tout cela, notre oeil francais est admiratif de tant de calme.

Certes il y a des heurts à la fin de chaque manisfestation, mais les Chiliens ne sont pas adeptes de la violence.

Et en face, la police elle est d’une force repressive qui rappelle bien évidemment d’autres époques plus sombres.

Le gouvernement est au plus bas dans les sondages.

Le pays est coincé entre une grande interrogation et le chaos.

Et tout le monde aimerait faire comme si de rien n’était ?

 

PS : pour ceux qui sont intéressés par la situation au Chili et qui peuvent lire l'espagnol, sachant que la grande majorité des medias sont aux mains de la Droite, voici les liens de deux sources d'informations qui disent et montrent ce que la TV occulte ou déforme :
http://www.elciudadano.cl/

http://www.elmostrador.cl/

 
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J
<br /> <br /> @foromer: quand je disais "démondialisation", je pensais à "produire en local pour vendre en local"., pas allaer fabriquer ailleurs pour vendre chez soi.<br /> <br /> <br /> Un doute sur l'implication des US ? Hummm! en France Mme Parisot semble en dire autant à propos de l'évaluation des banques.<br /> <br /> <br /> Les "révolutions" arabes ? là aussi, j'aurais un doute.<br /> Ça ressemble quand même pas mal à la redistribution de richesses d'une oligarchie à une autre, comme souvent toute bonne révolution, non ? Il y aurait aussi quelques petits détails stratégiques,<br /> paraît-il: la Chine en Afrique, l'Iran ... Une habile conjonction d'intérêts, du bon business en somme. Chacun va y trouver son compte. En ce qui concerne la France, je n'ai toujours pas compris<br /> ce qu'on était venu foutre là ... mais bon, les arcanes du pouvoir, la haute diplomatie ... Au fait, la suite, c'est où ? en Syrie, au Liban, en Algérie, au Maroc même, peut-être ?<br /> <br /> <br /> <br />
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B
<br /> <br /> @Jean Pierre<br /> Bravo<br /> Jean-Pierre 2 - foromer 0<br /> <br /> <br /> <br />
F
<br /> <br />   Le Brésil ne pratique justement pas la démondialisation, il pousse les étrangers à justement investir au Brésil en bloquant l'importation de produit qui ne sont pas fabriqués au Brésil.<br /> Lorsque BMW ouvre une usine au Brésil c'est de la mondialisation. Le Chili à mon avis a commis une grosse erreur avec tous les traités de libre échange qu'il a signé. Il est tout à fait clair que<br /> le Chili ne produit pas assez, l'état chilien devrait protéger certains secteurs industriels pour leur permettre de se développer, ça génèrerait des emplois qualifiés et du revenu.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />   Concernant les inégalités sociales je pense que c'est plus compliqué que cela, les pays arabes ont eu leur révolution et sont pourtant bien plus égalitaires que quasiment tous les pays<br /> sudaméricains. En fait c'est le sentiment d'exclusion qui peut pousser à la révolte. Il est clair qu'investir dans l'éducation diminue le risque de révolution sociale.<br /> <br /> <br /> <br />
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B
<br /> <br /> @foromer<br /> Quand cesseras-tu d'aller chercher des comparaisons au bout du monde ?<br /> Les pays arabes, d'abord, c'est quoi les pays arabes ?<br /> Maroc, Algérie, Arabie Saoudite ? Qatar ?<br /> Ou le Chili qui regourpe l'une des communauté palestinienne la plus important du monde ?<br /> <br /> <br /> <br />
J
<br /> <br /> @foromer: nous y voila! les investissements étrangers ... Ne t'inquiète pas, les Chinois viennent de passer un contrat avec Bisquertt pour faire pousser au Chili un peu de la nourriture dont ils<br /> ont besoin, comme en Patagonie Argentine où, là, ils ont carrément acheté. Les Chinois n'ont peur de rien, même pas de Camila <br /> De toutes façons, avec son schéma de tout commerce, tout financier, je ne vois pas très bien où va le Chili dans un contexte généralisé de "démondialisation" dont un excellent exemple voisin est<br /> le Brésil: "tu veux vendre chez moi: fabrique chez moi" (cf Foxconn ou encore l'affaire des Rafale). Or, il ne se fabrique RiEN au Chili sauf peut-être le vin en attendant que les Chinois le<br /> fassent eux-mêmes, chez eux ou sur des terres achetées ici, au Chili ou en Argentine, ou en Europe comme c'est déjà le cas en Bordelais.<br /> <br /> <br /> Plus que par les impôts ou taxes, les "investisseurs" me semblent plus concernés par la stabilité d'un pays. Dictatures, oligarchies ou Talibans ne les dérangent pas tant que ça ne génère pas<br /> trop d'instabilité potentielle. ll me semble bien que ce sont les US qui ont mis un point d'arrêt au cycle Pinochet, ici au Chili, après avoir été les instigateurs de son accession au pouvoir (en<br /> fait, lui ou un autre, peu importe mais pas Allende, "este hijo de puta" a quien<br /> quería "patear el trasero"- Nixon, cit. BBC Mundo.). Le Chili est peut-être arrivé à un stade où les inégalités et le manque de redistribution relevés par tous les analystes feraient<br /> craindre de l'instabilité. Là serait peut-être une vraie crainte des "investisseurs", justifiée par les évènements en cours.<br /> Peut-être que Camila, en poussant un peu le bouchon et en étant à un opposé politique, ne fait-elle qu'aller dans le même sens : "stop ! avant d'aller plus loin, il faut remettre un peu d'ordre<br /> dans la boutique". Ce n'est pas très différent des analyses publiées un peu partout sur le Chili. Trop, c'est trop ... ça risque de péter, ce n'est bon pour personne, surtout pas pour les<br /> "investisseurs".<br /> <br /> <br /> Je mets "investisseur" entre guillemets, car je ne sais jamais quel sens exact attribuer à ce mot<br /> <br /> <br /> @sensagent:  investir (v.)<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> assiéger, attaquer, bloquer, boucler, cerner, conférer, doter, emprisonner,<br /> encercler, enfermer,engager, engloutir, envelopper, environner, fermer,<br /> installer, introniser, placer, pourvoir, prendre au piège, revêtir<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Statistiquement, ce blog est en train de surpasser celui du Nouvel Obs ! ... sauf qu'à l'Obs, ils n'ont ni de jolie Camila ni de jolies vaches. Viva Chile ! mierda !!! <br /> <br /> <br /> <br />
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B
<br /> <br /> @Jean Pierre<br /> MERCI de prendre le relais avec autant de talent.<br /> <br /> <br /> <br />
F
<br /> <br />   Je ne sais pas quels sont les experts qui prétendent que le Chili juste en exploitant ses matières premières pourrait être la Norvège mais ils sont ridicules.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />   La Norvège exporte pour 170 miliard de dolar tous les ans, le Chili pour 80 miliards de dolar. De plus, la Norvège a 5 millions d'habitants, contre 16 milions au Chili. Le Chili pour avoir<br /> le même niveau de vie que la Norvège devrait exporter 500 miliards de dolars, c'est à dire multiplier par quasiment 6.5 son montant actuel d'exportations, et ceci juste avec des matières<br /> premières? Je n'oserait même pas imaginer dans quel état serait le pays après 10 ans d'une exploitation aussi sauvage de ses matières premières, ce serait un champ de ruine.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />   Si le Chili veut avoir le même niveau de vie que la Norvège il doit se diversifier. Exploiter massivement les matières premières c'est comme le disent les chiliens: "pan para hoy, hambre<br /> para mañana".<br /> <br /> <br /> <br />
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B
<br /> <br /> @foromer<br /> Tu sais... Si tu réduit le niveau de vie aux exportations, tu vas avoir quelques surprises en comparant l'Allemagne, le Japon, la Suède, la France, le Brésil, l'Afrique du Sud, Israël,<br /> Cuba...<br /> On se demande quel expert est le plus "ridicules".<br /> Pour rejoindre la Norvège le Chili doit dans un premier temps récupérer pour lui, ses propres richesses qui regorgent dans ses sous-sols.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
F
<br /> <br /> J'espère me tromper mais derrière le conflit étudiant qui est légitime il y a des choses assez obscures. Certaines rumeurs diraient même que la fech recevraient des financements américains pour<br /> déstabiliser l'économie chilienne. Ceci n'est que rumeur, heureusement, mais bon à mon avis il faut se méfier des motivations de la fech, au début je trouvais aussi que c'était très bien ce<br /> qu'ils faisaient, mais maintenant si j'étais chilien je me méfierais. Le voyage au Brésil est très douteux, il aurait été financé par une fédération étudiante brésilienne mais tout ceci est<br /> bizzare. Comme par hasard ceci concerne les deux pays sudamericain que Obama est venu visiter en mars dernier.<br /> <br /> <br /> <br />
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B
<br /> <br /> @foromer<br /> Tu commences par "J'espère me tromper "...<br /> <br /> <br /> Bravo, tu as raison.<br /> <br /> <br /> <br />