Ainsi, ma dernière échappée dans cette argentine voisine de Mendoza produit ces jours-ci sur moi, tandis que je remets le pieds à l'étrier de mon cheval de course "Bahia Utopica", des effets contradictoires et étranges.
Cela faisait six mois que je n'étais pas ressorti du Chili depuis mon dernier séjour enEurope. Six mois que j'avais quasi exclusivement consacrés à trouver une voie personnelle de respect du "contrat social" si cher à Rousseau (et que j'ai avec moi avec le souhait de trouver le temps de le (re)lire).
Ainsi, sortir du Chili m'a procuré une bouffée d'oxygène,
a réveillé en moi cette foutue drogue de l'échappée belle, a réactivé la partie de mon cerveau qui me sert à lire un plan, à changer de monnaie, à adapter mon comportement aux us et coutumes locaux, à avoir un regard neuf et ouvert sur tout ce qui m'entoure, à aller parler avec les inconnus pour satisfaire ma curiosité, etc.
Et revenir d'Argentine m'a donnée un autre rythme, un nouveau souffle mais aussi une autre vision de moi-même et de mon activité dans l'art actuelle.
A trop pédaler le nez dans le guidon,
on en oublie parfois la route ou le corps ou les deux.
Ainsi à Mendoza, il m'a fallu utiliser quatre monnaies : changer des euros étant plus intéresant que les pesos chiliens ; les argentins faisant souvent référence au dollar ; moi comparant les prix
entre les pesos chiliens et argentins, etc.
J'ai dû aussi parler quatre langues parce qu'en tant que ville touristique, on croise à Mendoza des Américains, des Francais,
des Allemands, etc.
J'ai aussi redécouvert le plaisir de manger de la viande, rien que de la viande et encore de la viande, arrosée de vins argentins aussi bons mais bien moins chers que les chiliens.
Et puis, j'avais apporté avec moi ""Che" de Pierre Kalfon, afin de relire la biographie du célèbre Argentin et de la comparer avec celle talentueuse mais "universitaire" de Paco Ignacio Taibo II.
Cette lecture m'a permis de mieux apprécier mon passage en Argentine juste après les grands mouvements de grèves des agriculteurs et producteurs agricoles dans tout le pays
et dont les effets se faisaient encore sentir lors de mon séjour puisque dans certains grands magasins, de nombreux produits de première nécessité (beurre, lait, fromage) étaient absents ou encore rationnés (pas plus de deux par personne).
Car l'Argentine qui vient d'élire à la présidence la femme du Président précédent a le triste privilège d'être l'un des plus importants exportateurs de viande au monde et d'avoir une partie de sa population qui meurt de faim, sept ans après la terrible crise qui a ruiné une grande partie des classes moyennes.
Mais Mendoza, ville plutôt riche et aisée dans son centre (capitale viticole du pays, ca aide !) respire le bien être et le calme, les maisons sont basses (à cause des tremblements de terre, ils construisent très peu en hauteur, et montrent ainsi leur raisonabilité face à des Chiliens qui multiplient les tours de plus de 20 étages),
et toutes les rues sont bordées d'arbres survivant grâce à un ingénieux système d'irrigation en forme de caniveaux ouverts dans tout le centre ville (car n'oublions pas que la canicule sévit dans ces contrées).
Voir un peu ailleurs m'a réouvert les yeux et l'esprit sur le monde,
pouvant juger trois pays (Chili, Argentine et France) et ne rien comprendre, ou presque de ce qui fit, fait ou fera qu'un pays ou une ville respirera le calme, le bonheur ou l'aigreur et la haine.
Je n'ai pas assez lu, ni assez appris, ni assez dialogué, ni même assez voyager pour que ma réflexion soit juste et complète.
Qu'importe, du peu que j'ai pu vivre, le sentiment d'injustice persiste partout, de Hambourg à Cuzco, de Paris à La Havane, de Madrid à Valparaiso, de Ushuaïa à San Francisco...
Je ne sais pas si c'est dû à l'individualisme, je serais tenté de le croire et Sébastien Cambouvile aussi qui a su dans son travail photographique montré la solitude urbaine comme personne (c'est ici que je l'ai trouvé).
Je continue de penser que nous construisons un monde dans lequel rencontrer des gens, leur parler et avoir le temps de partager du temps en leur compagnie en toute disponibilité sera un luxe réservé à quelques privilégiers. Les autres sernt au travail, crevés chez eux devant leur télé ou leur ordi, ou pas assez riche pour sortir boire un verre ou aller au restaurant ni même inviter chez eux des amis...
La vie est ailleurs que devant un ordinateur ou devant la télé (dit-il sur son blog en toute contradiction), l'homme est bien cet animal social, il a besoin des autres pour se construire et se différencier suffisemment pour se construire et s'aimer. Or nous construisons
une société qui supprime les différences, harmonise, globalise, mondialise, au mépris des goûts, des cultures, des calendriers religieux, culturels, temporels et saisonniers, faisant des hommes davantages des esclaves tous identiques dans leur goûts, les habitudes, leurs vêtements, leur nourriture et leurs modes de vie,
que des individus uniques, ce qu'ils sont tous.
Nous construisons une société qui accepte de moins en moins l'autre, le marginal ou celui qui est différent. La différence et la marginalité apparaît suspecte, parce qu'elle représente un danger à l'ordement des choses.
Ne pas porter de cravate, ne pas se raser, ne pas regarder la télé, ne pas avoir de téléphone portable ou d'ordinateur, ne pas avoir de mail, ne pas acheter de Barbie ni aller au Mac Do, ne pas avoir de coca chez soi ou ne pas boire d'alcool pendant une fête, ne pas se maquiller... sont autant de petites choses qui excluent...
Pourquoi ?
Comme vous le voyez, le voyage me pousse toujours à la réflexion.
Un proverbe chinois glané dans un livre de Francisco Coloane dit :
"Ce que j'entends je l'oublie,
ce que je vois je m'en souviens
ce que je fais je le sais."
Plus je "voyage" et plus je le crois.










déterminé ou tranporté par le hasard,